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Mosco Levi Boucault

A HAUTEUR D'HOMME

Né en Bulgarie dans une famille juive athée, arrivé en France à l’âge de dix ans, formé à l’IDHEC, Mosco Levi Boucault construit depuis les années 1980 une œuvre documentaire singulière, traversée par une même obsession : comprendre les êtres derrière les récits que l’Histoire, la société ou les médias ont fabriqués à leur sujet.

Avec Des terroristes à la retraite, son film fondateur, il exhume dès 1985 la mémoire oubliée des FTP-MOI et de ces jeunes étrangers engagés dans la Résistance. Déjà, sa méthode est là : retrouver les témoins, leur donner le temps de parler, faire surgir les contradictions, les blessures et les zones d’ombre. Thierry Garel (ARTE) a justement défini son cinéma comme un cinéma « à hauteur d’homme », fondé sur une relation de confiance et une parole « de première main ».

Cette exigence traverse toute son œuvre. Dans Un crime à Abidjan et Philadelphie, la fusillade de Mole Street, Mosco emprunte les codes du récit policier pour mieux les déplacer : l’enquête ne vise plus seulement à établir une culpabilité, mais à comprendre des trajectoires humaines. « Le documentaire cherche à les comprendre », explique-t-il, là où l’enquête policière cherche à condamner. Il filme ainsi les suspects, les policiers et les témoins sans jamais réduire un individu à son crime.

Avec Corleone, le parrain des parrains et Mafioso, au cœur des ténèbres, il s’attaque ensuite à la mythologie mafieuse. Derrière les légendes, les codes et la fascination du pouvoir, il cherche les hommes : leurs fidélités, leurs peurs, leurs renoncements et les mécanismes qui les ont conduits à devenir ce qu’ils sont. Un travail au long cours, fondé sur une impressionnante patience d’écoute.

Et lorsqu’il filme Un corps sans vie de 19 ans, c’est encore une fois une vie singulière qu’il tente de sauver de l’effacement. À partir de traces, de souvenirs et d’un journal intime, il reconstitue le parcours de Ginka Trifonova et redonne une présence à celle qui n’est plus là.

De la Résistance à la mafia, des commissariats d’Abidjan aux rues de Philadelphie, Mosco Levi Boucault ne cesse ainsi de déplacer notre regard. Son cinéma enquête, mais il ne juge pas ; il fouille le passé, mais pour mieux retrouver le présent des êtres. Une œuvre de mémoire, de vérité et de rencontre, qui préfère toujours les visages aux catégories, les voix aux légendes et l’humain aux certitudes.

Le festival Cinémondes est heureux de proposer un parcours à travers cette œuvre rare, profondément libre et humaine !